Guadeloupe, Martinique… Derrière les paysages paradisiaques des Antilles françaises se cache une réalité bien plus sombre : l’accès à l’eau potable est toujours loin d’être garanti pour des milliers d’habitants. Réseaux défaillants, pollution au chlordécone, coupures fréquentes… la situation est aussi préoccupante qu’injuste. Focus sur une crise silencieuse qui dure depuis trop longtemps.
Une gestion de l’eau en crise depuis des décennies
Aux Antilles, les coupures d’eau sont devenues une routine pour beaucoup. En Guadeloupe, certaines communes comme Capesterre-Belle-Eau ou Sainte-Rose peuvent rester sans eau plusieurs jours d’affilée. À cela s’ajoute la vétusté des réseaux : près de 60 % de l’eau potable produite est perdue dans les fuites.
En Martinique, la situation est similaire. Les interruptions de service, les problèmes de pression ou de potabilité affectent de nombreuses zones rurales, et même périurbaines.
« Il n’est pas normal qu’en 2024, sur un territoire français, on doive faire des réserves d’eau pour se laver ou faire à manger », déclare Mireille, habitante du Lamentin.
Les causes : un cocktail de négligence et de déséquilibres
Des infrastructures obsolètes
Les canalisations aux Antilles datent pour la plupart des années 1960-70. Les fuites et les ruptures sont quotidiennes. Les opérateurs se succèdent sans résoudre durablement les dysfonctionnements structurels.
Une gouvernance fragmentée
La multiplicité des acteurs (communes, syndicats intercommunaux, sociétés privées) complique la coordination. Les responsabilités sont floues, les investissements insuffisants, et les conflits de compétence freinent les solutions.
Un environnement contaminé
Le scandale du chlordécone a durablement affecté les nappes phréatiques et les sols. Ce pesticide, interdit en 1993 mais utilisé bien après, continue de polluer de nombreuses sources d’eau. Cela renforce la méfiance des habitants envers l’eau du robinet, parfois pourtant potable.
Des conséquences sanitaires et sociales graves
Les coupures et les problèmes de qualité de l’eau ont un impact direct sur la santé : maladies digestives, dermatologiques, et augmentation des pathologies liées à une mauvaise hygiène.
Les personnes âgées, les familles monoparentales, les enfants sont les plus exposés. On assiste à une multiplication des comportements de repli : achat massif de packs d’eau en plastique, stockage artisanal risqué, récupération d’eau de pluie non traitée.
Une pression financière injuste
Ironie du sort : les Antillais paient souvent l’eau plus cher que les habitants de métropole, tout en subissant des coupures fréquentes. À cela s’ajoute le coût des bouteilles d’eau, parfois indispensables au quotidien, mais inaccess